Innovation thérapeutique : repenser le système d’évaluation

Pour le Pr Gilles Freyer, le système actuel d’évaluation et de valorisation de l’innovation thérapeutique est responsable de perte de chances pour les patients.

Le Pr Gilles Freyer, oncologue à l’Institut de Cancérologie des Hospices Civils de Lyon déplore, à l’occasion des Rencontres de la Cancérologie Française (RCFr) 2016, le système actuel d’évaluation et de valorisation de l’innovation thérapeutique, responsable de perte de chances pour les patients.

Notre système d’évaluation et de valorisation de l’innovation médicamenteuse n’est pas à la hauteur des défis que pose cette innovation pour les années à venir. Il y a un vrai grand défi sociétal, scientifique, médico-économique et d’organisation. Le contexte de financiarisation grandissante, les problèmes budgétaires de court-terme pénalisent à priori l’innovation médicamenteuse. Certains médicaments auraient été fortement valorisés il y a une dizaine d’années alors qu’aujourd’hui ils sont contestés. Cette évaluation est de plus en plus lourde et est génératrice de délais trop importants. Entre le moment où l’efficacité du médicament est reconnue et le moment où nous pouvons effectivement le prescrire aux patients, il se passe parfois des années, ce qui est considérable en termes de perte de chances pour les patients.

Un manque d’experts dans l’évaluation de l’innovation
Les experts sont tenus à distance des évaluations en raison de leurs liens d’intérêts. Le lien d'intérêt est une relation de travail, parfois rémunérée, où nous faisons de la recherche avec l'industrie pharmaceutique. En raison de ces liens d’intérêt, nous parlons de conflits d'intérêt. Or, le conflit d’intérêt, c’est lorsque je vais rentrer en conflit avec un patient pour qui je vais prescrire, par exemple, un médicament que je n’aurais pas prescrit tout simplement pour honorer un lien financier que j’ai avec un industriel, ou bien, si j’entre en conflit avec mon institution, c’est-à-dire si je pénalise l’institution qui m’emploie pour faire plaisir à telle ou telle firme privée. À ma connaissance en cancérologie, ces choses ne s’appliquent pas car nos médicaments ne se valent pas les uns avec les autres et nous avons une vision assez claire de ce qui est bénéfique pour nos patients.

RCFr, en savoir plus www.rcfr.eu

Plus d’informations, http://www.chu-lyon.fr/web/index.jsp