Innovation en santé : des mécanismes de fixation des prix à réformer

Pour éviter une envolée des prix des nouveaux médicaments et ainsi accélérer leur mise à disposition auprès des malades, les mécanismes de fixation des prix doivent être modifiés et simplifiés.

Pour Gérard Bapt, député de la Haute-Garonne et rapporteur du PLFSS 2016, le financement de l’innovation est crucial pour permettre d’améliorer l’offre de soins en France et de répondre aux attentes des patients. D’où la nécessite de pratiquer certaines réformes dans la fixation des prix de ces innovations. 

Allouer davantage de crédits à la R&D
Le financement de l’innovation s’impose et des efforts supplémentaires doivent certainement être fournis. Dans la mesure où les ressources ne sont pas infinies, il est bien évident qu’il faut au maximum déployer des crédits. Ce déploiement ne doit pas être limité à des économies sur les médicaments ou les dispositifs médicaux. Une innovation, qu’il s’agisse d’un médicament ou d’un dispositif médical, entraine une efficience accrue dans l’organisation des soins. Ces problèmes de financement doivent s’envisager globalement à partir de réformes de base de notre système d’offre de soins.

Une innovation impossible à territorialiser
L’innovation territoriale est importante avec les pôles de compétitivité mais elle ne peut pas être territorialisée car elle est transversale et touche beaucoup de domaines. Aucun centre de référence ne peut réunir l’ensemble des sciences concernées. Parfois, le hasard conduit à une opportunité de recherche et développement dont les scientifiques ne se seraient absolument pas doutés. C’est le cas, par exemple, de la protonthérapie – nouvelle technique de radiothérapie à base de protons – qui entraîne des conséquences dans l’industrie spatiale, aéronautique ou automobile. L’innovation, c’est aussi l’innovation dans la manière dont nous construisons et renforçons les pôles de compétitivité orientés, au départ, sur la santé.

Réformer les mécanismes de fixation du prix de l’innovation
Pour le traitement de l’hépatite C, le gouvernement a mis en urgence un dispositif original permettant de maitriser les dépenses en les étalant dans le temps : 400 millions d’euros la première année, 700 millions d’euros la seconde. Cet étalement permet à un plus grand nombre de patients d’accéder à ce traitement. Cependant, l’état ne pourra pas mettre en place un dispositif spécifique à chaque arrivée sur le marché d’une innovation. Il est clair que les mécanismes de fixation du prix de l’innovation sont beaucoup trop complexes et doivent être solutionnés assez rapidement. C’est indispensable pour les patients et la qualité de notre service de soins. Aujourd’hui, les biomédicaments arrivent en nombre sur le marché après plusieurs années de vache maigre.

Interview réalisée lors des « Matinales de la santé sur l’innovation », le 8 juin 2016, à la Maison de la Chimie à Paris.

Photo : ©Rivington