Big data, sciences, médecine et cancers

Le philosophe Etienne Klein s'interroge sur la finalité et l'impact des "Big data" sur le monde scientifique et la médecine.

Il est frappant de voir que la science moderne, la physique utilisée aujourd’hui comme celle d’Einstein par exemple pour la relativité, a été conçue avec très peu de données. On ne connaissait rien de l’univers, on ne savait pas qu’il était en expansion. Grâce aux équations d’Einstein qui décrivent la gravitation, on a pu fonder une cosmologie scientifique qui a permis d’accueillir toutes sortes de données qui ne font que confirmer ces équations. 

 

L'impact des « Big data » sur la science, la physique et la médecine
Ces équations nous ont permis d’interpréter les données. Je me demande ce qui va se passer avec les « Big data ». Va-t-on être capable de faire de vraies prédictions, de voir des nouveautés apparaitre ou est-ce que cette accumulation de données ne fera que confirmer des habitudes et prévoir des choses qui se produisent déjà ? La question est de savoir « en quoi les « Big data » vont changer notre façon de faire de la science et de la physique ? »  Et on voit que cette question se pose aussi dans le médical. 

Le médecin face à la prolifération des donnés
Quel va être le rôle du médecin ? Comment va-t-il mettre en relation ce qu’il a appris sur les bancs de l’université ou dans ses stages avec toutes les informations qui vont être extraites de l’accumulation des données. Finalement, il faut trouver le bon ajustement qui permet de définir ce qui va être notre place dans le jeu des données que nous recevons. Est-ce qu’on continue d’être décideurs, acteurs ou bien est-ce qu’on délègue nos capacités de choix et de décisions à des espèces de logiciels qui seraient plus performants et peut-être plus fiables que notre intelligence modestement humaine ? 

Une inquiétante immortalité
Nous ne serons pas immortels, jamais. D’ailleurs, si on l’était on ne pourrait pas le savoir, car pour le savoir, il faut attendre l’éternité et cela prend du temps ! Si on savait qu’on était immortel, on serait mort de trouille ! On aurait peur d’un accident qui nous priverait non seulement de la vie mais aussi de l’immortalité, ce qui représente beaucoup plus. 

Cancers : ajouter de la vie aux années et pas seulement des années à la vie
Dans les multiples causes du cancer, des facteurs environnementaux ont été identifiés qui pourraient sans doute être corrigés. Maintenant, il ne faut pas être obsédé par sa santé. Si pour bénéficier d'une augmentation de la durée de vie, il faut passer par toutes sortes de sacrifices qui nous privent de la joie d’exister, il faudra faire un bilan comptable. Blaise Pascal disait : « il faut ajouter de la vie aux années et pas simplement des années à la vie ».

Interview réalisée lors du Big Bang santé organisé par Le Figaro, octobre 2016.