Cancers et applications, apporter les preuves de la valeur ajoutée des nouvelles technologies

Les innovations technologiques permettent de répondre au patient de façon personnalisée lorsque le patient rentre chez lui.

Avec les innovations technologiques, le patient passe des temps de plus en plus courts à l’hôpital. Lorsqu’il rentre à son domicile, il peut avoir des contacts en dehors de l’établissement de santé avec des médecins généralistes, des pharmaciens de ville. Avec la chimiothérapie orale, par exemple, les renouvellements de molécules peuvent se faire maintenant à la pharmacie d’officine, sans obliger le patient à revenir à l’hôpital de jour pour une chimiothérapie en intraveineuse.

Répondre de façon personnalisée au patient lorsqu’il rentre chez lui
C’est pourquoi on observe une tendance très forte à comprendre ce qui se passe quand le patient n’est plus à l’hôpital car de nombreux signaux montrent que, livré à lui-même lors de son retour à la maison, il peut ressentir un sentiment d’abandon. Comment bien suivre son traitement, comment reprendre une vie quotidienne, peut-il faire du sport, aller à la piscine, prendre un avion, quid de ses convictions religieuses..., le système pour l’instant a du mal à répondre à toutes ces questions de manière personnalisée et pragmatique.Les innovations, notamment avec le numérique, les infirmières de coordination ou l’engagement du patient pour un suivi à distance mieux coordonné sont de véritables enjeux. Le patient devrait pouvoir contacter un oncologue dans le milieu hospitalier à tout moment à l’aide de dispositifs intelligents qui permettent de répondre à toutes ses questions.

Pouvoir contacter à tout moment ses médecins référents
Dans le but d’accompagner le patient dans sa maladie le mieux possible, nous avons réfléchi, à Gustave Roussy, à un système avec un portail internet, accessible à tout moment les jours ouvrables : les infirmières de coordination prennent en charge la demande à laquelle, soit elles répondent directement, soit elles contactent le médecin référent s’il s’agit d’une question qui nécessite une expertise médicale pointue, soit elles orientent le patient vers un médecin généraliste ou un pharmacien de ville.Ce type de démarche présente un enjeu très fort car il permet au patient de pouvoir contacter à tout moment les médecins référents et l’ensemble des professionnels hospitaliers ou d’être orientés vers d’autres acteurs qui ne nécessitent pas d’avoir l’expertise d’un oncologue.

Apporter les preuves de la valeur ajoutée des nouvelles technologies
Si nous avons un discours très positif concernant l’utilisation de ces nouvelles technologies, peu d’évaluations démontrent leur valeur ajoutée. On espère pouvoir démontrer dans les suivis à distance que les applications et les portails vont nous permettre de réduire l’hospitalisation, d’améliorer l’observance. Il existe peu de preuves dans la littérature scientifique, d’où un enjeu très fort d’évaluations qui apportent des preuves.Des équipes de recherches, comme la nôtre à Gustave Roussy, essaient de démontrer dans des dispositifs assez élaborés - mixant des études randomisées avec des études longitudinales - l’efficacité de ces nouvelles technologies. Mais on ne pourra pas investir de la même manière sur toutes les expériences qui ont lieu en France, les besoins d’investissements sont très lourds. Il faut qu’il y ait une évaluation à minima, montrant par exemple qu’on réduit les hospitalisations ou les venues aux urgences.

Interview réalisée lors des 11èmes Rencontres sur le Cancer, à Paris, en octobre 2017

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