Traitements en oncologie : parler davantage de valeur que de coût

Les citoyens doivent être consultés sur les questions de santé telles que l’innovation et son financement car elles renvoient à des choix de société.

Marie Garrau, chercheuse en philosophie, laboratoire Sophiapol Université Paris Ouest Nanterre, intervient sur la notion de la valeur des traitements lors de la conférence/débat « Juste soin au juste coût ou rentabilité ? Comment concilier les valeurs du soin avec les contraintes financières ? », le 24 mai 2016, à Paris.

Valeur économique et valeur éthique des traitements intrinsèquement liés
Toute la question est de savoir mesurer la valeur et surtout de déterminer le type de valeur à mesurer : valeur économique, valeur éthique… Le philosophe Kant au XVIIIe siècle distinguait les choses qui avaient un prix et les choses qui avaient une dignité - qui ne sont justement pas des choses mais des personnes - pour bien distinguer le domaine de l’éthique, de la valeur éthique, de la dignité, du domaine du prix, de l’économique. Nous pouvons ensuite discuter pour savoir s’il faut tracer une frontière aussi nette mais encore une fois, en termes de valeur économique, il est clair que lorsque nous parlons du coût des traitements, il faut prendre en compte l’investissement en amont ainsi que les économies réalisées en aval par ces traitements innovants qui permettent de prendre en charge les patients d’une manière plus adéquate. Il y a aussi bien évidemment la question de la valeur éthique de ces traitements innovants dans la mesure où il s’agit d’un domaine de prise en charge plus personnalisé qui intègre les dimensions subjectives mais aussi les dimensions sociales et pas uniquement la dimension médicale de la maladie. Quand j’entends « traitement », j’entends « médicament » mais j’entends aussi « le suivi » qu’il y a derrière, « la faisabilité » du traitement médicamenteux qui est offert. 

Une expertise citoyenne indispensable
Il est central de continuer à financer la recherche à tout point de vue. Si on se place dans une perspective d’investissement à long terme, bien sûr qu’il faut continuer à financer et même financer davantage. 

D’une manière générale, les questions de santé sont des questions qui requièrent une approche systémique, une approche pluridisciplinaire, collaborative parce que se sont des questions qui renvoient à des choix de société, qui questionnent nos modes de vie et donc les réserver à des experts, à des scientifiques ou uniquement aux médecins est dommageable. Ces questions intéressent les citoyens qui peuvent bénéficier de l’expertise citoyenne, des patients et des soignants, à l’échelle internationale.

En savoir plus, https://sophiapol.u-paris10.fr/